Les Voleurs d'empires, tome 2 : Fleurs de peau
Category: Livres,Bandes dessines,Fantastique
Les Voleurs d'empires, tome 2 : Fleurs de peau Details
Septembre 1870 : après la défaite de Sedan, l'Empire a chuté, les prussiens envahissent la France alors qu'à Paris la République est proclamée. Au collège de Moussy-en-Josas, Madame Froidecoeur voit son établissement occupé par l'ennemi. L'étrange locataire de la chambre peuplée de rats recherche la bague à tête de mort qui a scellé son union avec la mort et marqué le début du combat contre les Voleurs d'Empires. Sa colère est terrible lorsqu'elle apprend que le bijou a été remis à ses parents afin d'activer son départ du collège. La mort, la guerre, le sang mais aussi l'amour, hantent les pages somptueuses du second volume de cette série au ton résolument novateur. Le scénario tout en finesse de Jean Dufaux est admirablement servi par le dessin lumineux et précis de Martin Jamar dont le talent éclate avec cette série.
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Reviews
Ce tome fait suite Les voleurs d'empiresqu'il faut avoir lu avant. il s'agit d'une srie indpendante de toute autre, termine en 7 tomes. Elle a bnfici d'une rdition en intgrale :Voleurs d'empires. Ce tome est initialement paru en 1995, avec un scnario de Jean Dufaux, des dessins et des couleurs raliss par Martin Jamar. Ces 2 auteurs ont galement collabor sur une autre srie en 6 tomes :Double Masque.Le tome s'ouvre le 16 septembre 1876, avec un dessin en pleine page et un texte voquant l'invasion de la France par les Prussiens, aprs le dsastre de Sedan. La scne suivante se passe Paris dans un salon bourgeois o un couple prend son petit djeuner, servi par 3 employs de maison, dans une pice spacieuse richement ornemente de plantes vertes. Ils sont interrompus par matre Rognard qui vient leur parler de leur fille. Madame Froidecoeur, responsable de la pension dans laquelle elle se trouve, leur conseille de la faire revenir chez eux en cette priode de trouble. La missive tait accompagne d'une bague portant un sceau qui n'est pas celui de a famille. Le pre congdie matre Rognard en lui indiquant qu'il a rflchir. Puis il se tourne vers sa femme pour l'agonir de remontrances, quant leur fille dgnre.La fille en question (surnomme la rousse par la suite) se trouve dans la pension et s'est aperue de la disparition de sa bague (offerte par le cavalier squelette en dbut du premier tome). Elle se rassure en se disant qu'il lui reste toujours ses fleurs de peau, des mdailles militaires qu'elle coud avec du fil sur les torses de ses victimes. Le jour mme, un dtachement de soldat arrive au pensionnat pour investir les lieux. Un fermier, leur reprochant d'avoir pitin ses poules, est abattu sommairement sur le parterre devant l'entre. Ce dtachement est sous les ordres du commandant von W (son nom complet n'est pas donn) qui ordonne que le cadavre du fermier reste en l'tat sans tre dplac, pour servir de rappel aux autres. Le commandant von W. explique madame Froidecoeur qu'il rquisitionne son institution et qu'il entend tre bien accueilli. Le soir mme, lui et ses officiers dnent la table de madame Froidecoeur qui leur offre ses terribles gteaux pour conclure le repas.Terriblement accroch par le premier tome, le lecteur revient avec plaisir pour dcouvrir la suite de ce rcit au ton si particulier. Il a le plaisir de retrouver un certain nombre des personnages du premier, et de pouvoir ainsi dterminer quels sont les premiers rles. Parmi eux figurent Nicolas d'Assas, Anas, Julien, Madeleine d'Espard, madame Froidecoeur, la rousse, et Jaumard. Jean Dufaux s'en tient son approche initiale : leurs caractres n'apparaissent qu'au travers de leurs actes, sans dialogues explicatifs ou d'exposition. Le lecteur peut ainsi ctoyer madame Froidecoeur dans ce qu'elle a de professionnel et dtermin. Il voit agir et parler une personne qui son mtier tient cur, ainsi que le bien-tre de ses pensionnaires. Il voit aussi une personne habitue prendre des dcisions drastiques pour assurer la survie de son institution. Le lecteur a une confirmation d'un trait de caractre mesquin quand elle fait tout pour viter de manger ses gteaux, car elle sait trs bien qu'ils constituent une preuve gustative pnible. Cette forme de narration a pour consquence que le lecteur peut trs bien ne s'intresser qu' l'intrigue, sans s'embarrasser de la dimension psychologique. S'il le souhaite, il peut aussi observer les personnages au travers de leurs actions et y voir une tude de caractre nuance et cohrente. ce titre, le comportement d'Anas rvle une jeune femme perspicace et dtermine, capable de faire des sacrifices, sans pour autant se prter n'importe quoi.Madeleine d'Espard reste gale elle-mme telle qu'elle se dvoilait dans le premier tome, avec une habitude d'obtenir ce qu'elle veut, sans trop s'embarrasser des sentiments d'autrui. Le comportement de la rousse confirme une forme de psychose gnre par un traumatisme important dont la nature est sous-entendue plusieurs reprises. Face aux femmes, les personnages masculins apparaissent un peu fades, qu'il s'agisse de Nicolas d'Assas qui ragit surtout aux vnements, de Julien plus virile mais pas plus rflchi, ou de Jaumard, tout aussi intress sauver sa peau, avec le moins de dgts possibles. Le commandant von W. est dpeint comme un militaire suivant une ligne de conduite qu'il juge honorable, faisant rgner l'ordre parmi ses troupes, et la soumission chez les vaincus, sans aller jusqu' abuser de la situation.Du point de vue de l'intrigue, le scnariste continue galement sur sa lance. Cette histoire continue de baigner dans la grande Histoire, avec l'vocation de faits historiques clairement dats et identifis. Il est fait mention de l'arrive de Lon Gambetta et d'Henri Rochefort (Victor Henri de Rochefort-Luay) au pouvoir, du sige de Paris par les prussiens, du vol en ballon d'Armand-Barbs, de Gambetta, de l'enrlement des volontaires dans l'arme, de la prise de Grenoble et Metz. Les auteurs voquent ces vnements historiques au travers de dialogues, mais aussi en leur consacrant des pages les montrant comme autant d'images fixant un moment significatifs, les dessins de Martin Jamar s'inscrivant dans une reprsentation concrte trs dtaille. Ce choix narratif inscrit le rcit dans l'Histoire, et il souligne que le destin de tous ces personnages dpend des soubresauts de l'Histoire. La place qui leur est accorde tablit que leur histoire personnelle est le fruit de leur environnement et des bouleversements provoqus par la guerre et par les dcisions des gouvernements. En cela, Jean Dufaux diminue la part hroque de ses personnages, puisqu'ils n'ont pas beaucoup d'emprise sur ce qui leur arrive. Par contre, cela ne diminue pas leur dimension romantique.L'intrigue continue elle aussi d'avancer, mais d'une manire qui ne correspond pas un rcit d'aventures classiques. En termes de passage du temps, ce tome propose une dure assez courte, comme le prcdent. En termes d'action, le lecteur assiste une excution de sang-froid bout portant, l'arrive de la soldatesque, une embuscade sur une route de nuit par des bandits de grand chemin, et une explosion. Il ne s'agit donc pas d'un rcit dans lequel le moteur serait l'aventure, mais il ne s'agit pas non plus d'une tude de murs sans action. Arriv l'issue de ce tome, le lecteur prouve des difficults apprcier le chemin parcouru par l'intrigue. Cela tient au fait que cela reste un rcit choral dont les scnes sont partages entre une demi-douzaine de personnages. Jean Dufaux prend le temps de les montrer dans leur environnement, interagir entre eux, et prendre des dcisions en raction aux vnements. Aussi, l'intrigue principale relative la rousse n'avance pas beaucoup, voire pas du tout. Celle relative Nicolas d'Assas n'avance gure plus, et la promesse des consquences de la gifle de Julien Madeleine d'Espard n'y trouve pas sa ralisation. Pourtant, chaque personnage se retrouve dans une situation bien diffrente la fin du tome, avec des motivations qui s'toffent et des relations qui gagnent en consistance.En outre chaque squence est conue comme un drame miniature, servant l'intrigue et les personnages. L'introduction des parents de la rousse permet de les prsenter et d'exposer leur position vis--vis de leur fille, tout en prparant la suite de l'histoire, avec la prsence de la bague au sceau mystrieux. La recherche de la bague dans la chambre 27 permet de rappeler son importance symbolique pour la rousse, et d'tablir un lien entre les fleurs de peau et les mdailles du commandant von W. leur tour, les mdailles acquirent le statut de symbole dans le cadre du rcit, celui des conqutes militaires, celles qui permettent de btir des empires, comme un cho d'un sens possible du titre de la srie. Le premier repas des officiers prussiens la table de madame Froidecoeur permet de jauger le rapport de force qui s'installe entre les occupants et la propritaire, mais aussi d'tablir un lien avec la rousse, par a prsence d'un rat. Le lecteur y voit un autre symbole, celui du rongeur qui se nourrit du bien d'autrui. Ainsi chaque scne apporte des lments narratifs de nature diverse varie l'intrigue.tonnamment, Jean Dufaux glisse rgulirement quelques touches humoristiques dans son rcit. Elles peuvent tre videntes, comme le gag rcurrent sur la consistance des gteaux qui les rend vraisemblablement impropres la consommation, doubl d'une forme d'arroseur arros. Elles peuvent tre plus discrtes comme l'incapacit de madame Froidecoeur savoir quel titre donner au commandant von W. Le lecteur constate qu'elle l'appelle par diffrents titres de noblesse (conte, duc), puis par diffrents grades, sans russir trouver le bon qualificatif. Cela voque la manire dont le capitaine Haddock affublait le responsable tibtain de la lamaserie dansTintin au Tibet, mais en moins inventif en ce qui concerne madame Froidecoeur.C'est un grand plaisir que de retrouver les dessins mticuleux, soigns et prcis de Martin Jamar. Le lecteur prouve la sensation d'tre 2 fois gagnant, la fois la qualit de la description, la fois pour la qualit de la narration. Comme dans le premier tome, Jean Dufaux n'a rien pargn son dessinateur. chaque squence, celui-ci doit assurer l'authenticit de la reconstitution historique. Elle passe par les uniformes des soldats prussiens et franais, par les modles de canon et d'armes feu, par la forme des mdailles et les couleurs de leur ruban, mais aussi par les tenues vestimentaires de tous les personnages : les pensionnaires de Froidecoeur (jeunes femmes et jeunes hommes), les parents de la rousse, les cuisinires. Bien sr, l'artiste se montre cohrent avec ceux qu'il a dj montrs dans le tome prcdent, ainsi que pour les pices du pensionnat. Le lecteur retrouve le dsordre de la chambre 27, l'amnagement cossu de la salle manger du pensionnat, ou encore les bancs de la chapelle. Page 23, la cuisine est toujours aussi admirable, avec les ustensiles et les deux femmes occupes prparer un repas. Il peut admirer le salon des parents de la rousse, avec sa myriade de plantes en pot, l'curie du pensionnat.Comme dans le tome prcdent, le lecteur peut choisir de lire rapidement le rcit, sans s'attarder sur les dtails visuels. En effet, Martin Jamar prend soin de composer ses cases de manire ce que le sujet principal en ressorte au premier coup d'il. Pour reprendre l'exemple de la page se droulant dans la cuisine, il est possible de comprendre d'un rapide coup d'il o elle se droule, puis de ne plus prter attention qu'aux personnages, sans plus s'attarder sur la table ou la marmite. Ou alors, le lecteur peut prfrer prendre le temps de savourer la page en regardant ce que l'une des cuisinires est en train d'plucher, et o elle en est de sa tche. Il en va de mme lors de la scne du dner, o le lecteur peut se contenter de reconnatre le lieu et sa fonction, ou bien d'observer la dcoration, es tableaux aux murs, la pendule, les vases sur les guridons avec leurs napperons, les reliefs du repas sur la table, la forme des chaises, etc. bien y regarder, le lecteur se rend rapidement compte que la mise en couleurs participe hirarchiser les diffrents plans de chaque case, pour les rendre plus facilement lisibles. Dans tous les cas (rythme de lecture rapide ou pos), le lecteur prouve la sensation de se plonger dans des environnements trs substantiels et authentiques.Martin Jamar reprsente beaucoup de scnes de dialogue, sans jamais que le lecteur n'ait l'impression de s'enfiler une suite de cases avec uniquement des ttes en train de parler. Pour commencer, chaque personnage dispose d'une identit graphique forte, le rendant immdiatement reconnaissable sans risque de confusion. Ensuite les spcificits de chaque vtement ajoutent encore des informations visuelles. Enfin chacun prsente des caractristiques de posture qui participent galement leur confrer une personnalit. Le lecteur voit le poids des ans dans les positions adoptes par madame Froidecoeur. Il admire le maintien martial du commandant von W. Il se dtend en voyant les postures plus relches et plus souples des jeunes gens.L'artiste ne se limite montrer des individus en train de parler. Jean Dufaux adopte une narration dense sans tre touffante, qui ncessite de montrer ce que font les personnages en mme temps qu'ils changent des propos. nouveau, les comptences du dessinateur sont fortement sollicites pour des tableaux de nature trs diffrente. L'arrive du dtachement de soldat prussiens au pensionnant est imposante et protocolaire comme il se doit. Les minauderies de madame Froidecoeur pour essayer d'chapper la consommation de ses gteaux sonnent juste, tout en provoquant un sourire irrpressible sur les lvres du lecteur. La confrontation entre jeunes hommes et soldats prussiens dans la chapelle dgage une tension pleine de suspense. La tentative de dshabillage d'Anas par Julien montre comment elle lui fait comprendre qu'il n'obtiendra rien, avec une retenue qui en impose. De mme, sa manire de capter l'attention du soldat prussien qui a les cls de la chapelle reste digne en refusant toute forme de victimisation ou de rification, un moment tout en subtilit psychologique et en nuances motionnelles qui passent par les dessins.Ce deuxime tome permet au lecteur de mieux discerner la direction gnrale du rcit, tout en conservant les grandes qualits du premier tome : reconstitution historique impeccable, dessins d'une grande richesse sans en devenir empess, intrigue reposant sur une demi-douzaine de personnages, pleine de suspense avec une psychologie sous-jacente finaude.
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